Stress du like, besoin de reconnaissance, performance à tout prix ou encore comparaison avec vos proches : quand poster régulièrement des photos sur Instagram ou Facebook peut gâcher des vacances…

  • Selon Serge Tisseron, spécialiste des relations aux technologies, nous vivons dans une société où la performance prime et les vacances n’échappent pas à la règle.
  • Poster une simple photo ne suffit plus, « il faut un véritable story telling », explique Catherine Lejealle, enseignante en digital marketing et data management à ISC Paris.
  • Pour la sémiologue Fanny Georges, le risque c’est que poster ses photos devienne une activité de vacances en soi.

« Aujourd’hui, un événement qui n’est pas posté, liké, partagé, c’est comme s’il n’avait pas existé », explique Catherine Lejealle, enseignante-chercheuse, responsable du MBA/Msc digital marketing et data management à ISC Paris. Derrière cela : un désir de reconnaissance.

En 2001, après la première saison de Loft Story, le psychiatre et spécialiste des relations aux technologies, Serge Tisseron définissait le concept d’extimité (contraire d’intimité), que l’on retrouve selon lui sur les réseaux. « C’est le désir de montrer un aspect de soi, gardé dans l’intimité, pour le faire valider par son entourage, avec le risque d’être critiqué ou ignoré. »

Pour esquiver ce drame, il faut donc montrer la meilleure image de soi. Selon Serge Tisseron, nous vivons plus que jamais dans une société où la performance prime. « Il faut l’être dans tous les domaines : le sport, la nourriture, les enfants, son métier… ». Et les vacances n’échappent pas à la règle, elles doivent apparaître comme un moment parfait.

Mauvaise interprétation des photos

Un des facteurs de stress peut venir de la comparaison avec les autres. Selon une enquête réalisée en mai 2018 par Opinium Research pour le compte du site Groupon, 29 % des parents interrogés disent ressentir un pic d’anxiété lorsqu’ils regardent sur les réseaux sociaux les photos de vacances des autres parents. Un peu plus d’un tiers sont également stressés lorsque leur enfant évoque les photos des activités de leurs amis. « Les réseaux sociaux ont élargi les possibilités de comparaison, analyse Serge Tisseron, auteur du livre 3-6-9-12 Apprivoiser les écrans et grandir. Avant on se comparaissait aux personnes dans les magazines et qui appartenaient à un autre monde. Sur les réseaux, les modèles sont monsieur et madame tout le monde, des gens qui appartiennent au même milieu, ont un métier similaire au notre. Cela rend la compétition plus forte. »

Mais cette compétition est biaisée par notre interprétation des photos. « On a toujours conscience du fait que nous choisissons la meilleure photo de nous, mais on ne se dit jamais que les autres ont fait la même chose, décrypte pour 20 Minutes, la sémiologue Fanny Georges. On a donc l’impression d’être les seuls à devoir faire beaucoup de choses pour se mettre en valeur. C’est systématiquement déprimant. » Pour la spécialiste, les gens n’interprètent pas non plus la photo comme un bref instant, mais comme étant « révélatrice d’une vérité essentielle de leur situation globale, d’un moment inscrit dans la durée ». Par exemple, on s’imaginera en voyant une photo prise en boîte ou tout le monde rigole que la soirée entière était ainsi, alors qu’il y a peut-être eu des tensions entre certaines personnes, une entorse à la cheville et un vomi.

Poster une simple photo bien cadrée ne suffit plus

Pour « rivaliser » avec ses contacts et montrer le meilleur de ses vacances, tout le monde fait plus ou moins de la mise en scène des moments vécus. Sauf que poster une simple photo bien cadrée ne suffit plus car tout le monde sait plus ou moins le faire. « Ce que l’on montre c’est bien, mais comment on l’éditorialise aussi : il faut un véritable storytelling, explique Catherine Lejealle. Les portables et les applications offrent gratuitement cette possibilité d’éditorialiser les photos avec des filtres, du texte, des caches etc. C’est le nouveau langage et procéder ainsi est devenu la norme. Les influenceurs le font et en sont les modèles, sauf qu’eux sont des professionnels en la matière. » C’est en cela que naît une nouvelle pression. Il faut avoir son propre style, être drôle, original et brillant. Mais tout le monde n’a pas ce talent.

En plus de cela selon Fanny Georges, publier des selfies pendant ses vacances empêche en quelque sorte de lâcher prise. « C’est un rappel constant à être exigeant par rapport à son image, ses vêtements ses chaussures, son corps et sa ligne. Son visage ne doit pas être perlant de sueur, ses chaussures ne doivent pas être sales, ses mains impeccables, ses lunettes très propres. »

Le risque, c’est de ne pas profiter

Une fois la photo prise, choisie, filtrée, commentée, viens le moment de stress ultime : la publication. « Le nombre de like fait office d’applaudimètre et permet de mesurer le succès d’une photo. Un retour que certains voient comme la confirmation que ce qu’ils vivent est vraiment incroyable », explique l’enseignante-chercheuse. Le risque, c’est de ne pas profiter du moment que l’on vit ou bien que poster ces photos devienne une activité de vacances en soi.

Heureusement, une solution existe pour ne pas complètement gâcher ses vacances tout en postant des photos sur les réseaux. « Faites-vous rare en postant une fois par jour maximum LA photo ou LA story de vos vacances, un peu comme un réalisateur avec ses heures de rush de la journée ou comme le photographe professionnel avec ses centaines de photos d’un même sujet », conseille Catherine Lejealle.

En résumé, profitez des moments que vous vivez, postez moins, mais plus qualitativement. De plus, vos amis dans un bureau sans clim vous le rendront bien.

Source : 20 minutes

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