De plus en plus importante dans notre quotidien, la plateforme a subi une gigantesque panne lundi soir, paralysant 3,5 milliards d’usagers. L’incident survient alors que l’entreprise doit faire face à des attaques sur son éthique et son monopole.

S.O.S, Facebook ne répond plus. Lundi après-midi, le réseau social aux 3,5 milliards d’utilisateurs a pour ainsi dire… disparu ! Son site, son application, ainsi que ses services annexes, comme Instagram ou la messagerie WhatsApp étaient inutilisables pendant environ six heures. Du jamais-vu qui a rendu la soirée de bon nombre de Français soudainement beaucoup plus morne. Elle a même été cauchemardesque pour ceux qui travaillent ou se rémunèrent avec les outils du géant du numérique.

Cette panne, inédite, souligne l’omniprésence de Facebook dans nos vies et l’absence d’alternatives. Peu de concurrents offrent un service aussi développé, allant de la messagerie professionnelle à la réalité virtuelle. Selon l’autorité de la concurrence américaine, Facebook contrôle plus de 65 % du marché outre-Atlantique, un chiffre qui selon toute vraisemblance n’est pas moins élevé en France.

Malgré ce monopole, l’incident rappelle que la plateforme – qui emploie 44 000 personnes et brasse 86 milliards de dollars de chiffre d’affaires en 2020 – n’est donc pas infaillible. « Il y a de plus en plus de services qui reposent sur Facebook mais il ne faut pas oublier que le réseau social peut disparaître », rappelle Matthieu Latapy, informaticien et directeur de recherche au CNRS.

« Comment une entreprise aussi implantée a-t-elle pu subir une aussi grande déconvenue ? »

« Qu’une entreprise aussi implantée ait pu subir une aussi grande déconvenue, c’est très surprenant. Ils n’ont pas anticipé ? », s’interroge le chercheur. Le problème proviendrait d’une erreur survenue lors d’une mise à jour : « Les routes qui amènent au site sont alors tombées. C’est comme si quelqu’un ou quelque chose avait retiré tous les panneaux de signalisation », décrypte Matthieu Dierick, expert cybersécurité pour l’entreprise F5.

Comble de l’ironie, Facebook a dû utiliser une plateforme concurrente – Twitter, en l’occurrence – pour s’excuser auprès « de l’immense communauté de personnes et entreprises qui dépendent » de ses services. Un message qui en dit long sur la mauvaise passe de l’entreprise, rattrapée par plusieurs scandales.

Le Sénat américain doit se prononcer…

Mardi, le Sénat américain a ainsi entamé l’audition de Frances Haugen, une ancienne ingénieure de la firme, qui a récemment fait fuiter des documents internes. L’entreprise aurait rétabli des algorithmes participant à la diffusion de fausses informations ou de contenus clivants, pour des raisons d’audience. Facebook aurait aussi ignoré des rapports sur la dangerosité d’Instagram pour les mineurs.

Les élus américains doivent déterminer si l’entreprise « ne sait pas se réguler elle-même », comme l’affirme Joe Biden, inquiet du « pouvoir que les géants des réseaux ont amassé ». Une législation plus restrictive à l’avenir pourrait leur être imposée.

Le groupe contrôlé par Mark Zuckerberg est par ailleurs poursuivi aux États-Unis pour « monopole illégal », à la suite d’une nouvelle plainte déposée en août 2021 par l’autorité de la concurrence américaine. Dès qu’elle se sent menacée, la plateforme rachète ou déstabilise les autres applications, un comportement nocif pour la diversité du secteur.

… tout comme la justice

Le géant du numérique résistera-t-il à la tempête ? « Facebook vacille depuis longtemps, avec des controverses sur l’addiction que ses interfaces suscitent, ses fuites de données personnelles ou ses choix de modération des contenus. Mais aucune de ces polémiques ne l’a détruit jusqu’ici », analyse Francesca Musiani, chercheuse CNRS à l’Institut des sciences de la communication.

Malgré ce coup porté à la réputation de l’entreprise, Facebook semble aujourd’hui trop gros pour s’effondrer. Or si cette situation de monopole est bonne pour la résilience, elle ne l’est pas forcément pour les internautes : « Facebook impose ses règles. Comme il n’a pas de concurrence, l’entreprise subit moins d’injonctions à améliorer son service », résume François Lévêque, chercheur en économie à l’Institut interdisciplinaire de l’Innovation. Le risque est donc que rien ne change, malgré cette mauvaise passe que traverse le géant californien.

Source : Le Parisien

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