Oui, en 2016, certains managers, y compris au sein des DRH, arrivent encore à éviter les réseaux sociaux. Certains s’en vantent même, sans être toutefois capables de motiver leur position. Est-ce plutôt raisonnable ou irresponsable ? Est-ce finalement une posture salutaire ou plutôt un manquement professionnel ?

Refuser les évolutions est un conservatisme qui a toujours touché une partie de la société, quand l’autre, plus attirée par l’innovation, se tourne spontanément vers la nouveauté. Dans l’entreprise, et le monde professionnel en général, l’impact des réseaux sociaux sur l’image et la réputation n’en font plus un intérêt anecdotique mais une compétence reconnue, voire une expertise recherchée en fonction des positions et responsabilités au sein de l’organisation.

Quand certains managers se vantent de ne pas être présents sur les réseaux sociaux, n’avouent-ils pas orgueilleusement un réel décalage avec des modes de communication aujourd’hui incontournables ? Il s’agit pourtant là de canaux ciblés, vecteurs d’influence, au point qu’ils sont désormais parfois privilégiés pour l’annonce d’une déclaration d’importance ou établis comme pilier d’une stratégie de communication.

Des médias particulièrement sensibles

Réalisant qu’ils habitaient jusque-là sur une autre planète, ou que la politique de l’autruche, un temps confortable, n’était plus tenable, certains s’engagent tête baissé dans les réseaux sociaux, sans formation ni recul, sans compréhension des enjeux ni des risques, sans différenciation entre usage domestique et professionnel. Attention, alors : le terrain n’est pas sans danger, car il s’agit de médias particulièrement sensibles.

Si continuer d’ignorer les réseaux sociaux devrait s’apparenter, si ce n’est à une faute, du moins à un vrai manquement professionnel, s’y engager sans préparation serait tout aussi irresponsable. On touche à un domaine où la responsabilité est grande, quand notre parole peut engager une marque, une entreprise, une collectivité publique ou privée, qu’il s’agisse de partager une information ou d’interagir avec des influenceurs plus réactifs et expérimentés, n’ayant pas nécessairement les mêmes contraintes, réserves de confidentialité, intérêts…

Réactivité, créativité, empathie

Parce que la gestion des réseaux sociaux est un sujet particulièrement sensible, elle ne s’improvise pas. Elle engage fortement et durablement l’image de l’entreprise. Elle est très chronophage, exigeant présence, réactivité, créativité, empathie, sans oublier un sens politique aussi développé que celui du service. Par ailleurs, certaines thématiques comme les RH sont doublement sensibles et demandent une vigilance encore plus importante, et donc un travail particulièrement pointu.

Si chaque réseau social a ses spécificités, ses cibles, ses codes, ses pratiques, il y a beaucoup de points communs dans les modes de fonctionnement et l’exigence de leur gestion. Tous permettent d’interagir avec des communautés, mais certaines sont plus ciblées que d’autres (LinkedIn pour les relations et les thématiques professionnelles et le recrutement), d’autres sont extrêmement larges et demandent d’y qualifier et calibrer sa présence (Facebook).

Quant à Twitter, c’est assurément le réseau du moment, probablement le plus crédible, certainement le plus communicant et le plus influent, mais aussi un des plus réactifs et chronophage. D’autres, comme Instagram, explosent et sont certainement à suivre, surveiller, utiliser en fonction des besoins de communication.

Une responsabilité qui ne se délègue pas

S’engager sur les réseaux sociaux nécessite de s’y déployer progressivement pour investir, un à un, les différents médias, afin de pouvoir en tester le fonctionnement et l’administration, le rythme des contenus à publier comme les ressources nécessaires pour les gérer, pour coordonner la cohérence des discours et de l’image par rapport à la surveillance des parties prenantes : médias, analystes, investisseurs, agences extra-financières, institutionnels, clients…

Engager l’entreprise sur les réseaux sociaux, c’est aussi s’y engager soi-même. Cette évolution va effectivement supposer que le management dispose de comptes personnels ou professionnels pour avoir sa propre capacité de veille, de contrôle et de réactivité, impérative et permanente. Il y a un niveau de responsabilité qui ne se délègue pas à un collaborateur, encore moins à un prestataire.

Se faire accompagner par des spécialistes est une hypothèse de travail qui peut s’étudier, mais elle ne permettra en aucun cas de s’affranchir du temps de cerveau à consacrer au sujet au quotidien, et encore moins de se dégager d’une responsabilité qui nous incombe personnellement.

Oui, en 2016, il serait plus simple pour certains de vivre sans la pression des médias sociaux. Mais les ignorer devient impossible, sauf à faire le choix de se couper d’une partie du monde.

Source : F. Fougerat

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