Malgré plusieurs mises en garde, les parents continuent à poster et à partager sur Facebook ou Instagram les photos de leur progéniture qui, à l’avenir, pourrait bien se rebeller.

Sur mon fil Facebook, une photo me frappe par son cadrage étrange. C’est celle d’une lumineuse quinquagénaire, star de Facebook, à l’esprit incisif et à l’humour désopilant. On la voit, le visage heureux, penchée comme une madone sur son petit-fils, dont on ne perçoit que le bras potelé. La photo a été recadrée pour que l’enfant ne soit pas identifiable. Une de ses amies FB l’interroge sur cette discrétion, qu’elle-même ne pratique pas, tant ses petits-enfants l’enthousiasment. Elle précise néanmoins qu’elle s’adresse à un cercle privé et qu’elle n’apparaît pas sous son vrai nom. S’ensuit une conversation autour de la question: exposer ou pas sa progéniture sur les réseaux sociaux ?

Respecter la e-réputation

Certains intervenants invoquent le droit d’autonomie et d’intimité des enfants, y compris des bébés: “Ma fille a le droit de contrôler son image. Elle ne m’appartient pas. Même si elle a 9 mois.” D’autres, le devoir des parents de ne pas lester leur progéniture d’un passé numérique qui, plus tard, pourrait leur porter préjudice. Les plus méfiants rappellent qu’une fois postées sur Internet, les images peuvent être récupérées par n’importe qui, notamment des prédateurs sexuels ou des réseaux pédophiles.

Histoire fausse mais crédible

A ces questions morales ou éthiques, s’ajoute la question juridique. Souvenez-vous. Il y a deux mois, tous les sites d’information reprenaient l’histoire de cette Autrichienne de 18 ans qui avait décidé d’intenter un procès à ses parents pour violation de sa vie privée. Elle leur reprochait d’avoir publié 500 photos d’elle dans différentes situations, qu’adolescente elle jugeait embarrassantes, comme le premier bain ou le pipi du soir. Ce feuilleton avait été partagé avec 700 amis. Ses parents, estimant qu’ils étaient auteurs des images, ont refusé de les retirer.

L’histoire était fausse, a-t-on appris plus tard, mais crédible. Un cas d’école qui pourrait tout à fait se réaliser, les premiers enfants exposés sur FB – créé en 2004 – ayant atteint la majorité. Ils auront alors la loi de leur côté, en tout cas en Suisse, où le code civil est très clair. Même un mineur peut exercer ce droit à l’image s’il est jugé apte au discernement, comme l’avance le juriste suisse François Charlet.

Pourtant, malgré de multiples mises en garde, la déferlante de bambins continue sur Facebook, Instagram ou Tweeter, à l’instar du viral #motherhoodchallenge qui consiste à célébrer la maternité en postant des photos de soi et de ses enfants.

Que veut-on montrer en montrant sa progéniture ?

Ce qui appelle une autre question: que veut-on montrer en montrant sa progéniture? Selon le psychologue clinicien Michael Stora, qui déplore l’avènement de l’enfant-trophée, “c’est une dérive inquiétante car, idéalement, on aime ses enfants sans rien attendre en retour. Dans le cas des photos postées sur les réseaux sociaux, on attend désormais de l’audimat.” Réponse cruelle pour tous ses parents qui exposent la chair de leur chair, candidement, sans arrière-pensées, et souvent pour le plaisir de leurs proches géographiquement éloignés.

Plus d’imagination

Alors que faire pour dire sa joie d’être parent ou grand-parent, tout en respectant l’autonomie des enfants ?

Idéalement, ne poster aucune photo. On peut néanmoins réduire les risques: les publier dans un groupe privé ou à l’adresse d’une liste d’amis proches, éviter de les taguer, ne pas divulguer trop de détails personnels (prénoms, localisation), demander l’accord des enfants avant publication, supprimer les images s’ils vous le demandent par la suite et faire preuve d’imagination pour évoquer leur présence sans attenter à leur future e-réputation. Les photos n’en seront que meilleures.

Source : Le Temps 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.