Complexes à utiliser ou sans intérêt, les réseaux sociaux d’entreprises sont trop souvent boudés par les employés. Pour leur redonner un second souffle, les sociétés devraient s’inspirer du succès des vélos en libre-service parisiens.

Aujourd’hui, 80 % des entreprises du Cac 40 disposent d’un réseau social d’entreprise (RSE). Mais dans de nombreuses entreprises, le changement culturel lié à son adoption reste balbutiant. Rares sont les sociétés dont les méthodes de travail ont radicalement changé. Or pour qu’un RSE vive, il doit répondre aux besoins des collaborateurs et le faire savoir.

Des freins à l’utilisation des RSE

Conversation autour de la machine à café avec Bernard, salarié d’un groupe du Cac 40, à propos du nouvel outil à la mode dans les entreprises. « Je ne sais pas à quoi ça sert », soupire Bernard, qui travaille sur un projet avec de nombreux collègues situés sur différents sites. La politique d’entreprise encourage à utiliser le RSE dans ce cadre, mais Bernard hésite : beaucoup d’efforts pour quels résultats ? Mais qui a pris le temps d’expliquer à Bernard comment fonctionne le réseau social du groupe et ce qu’il peut lui apporter ?

« Je ne saurais pas l’utiliser » ajoute Bernard, qui cumule plus de 20 ans d’ancienneté dans le groupe. Il se méfie des nouveaux outils à la mode. Il doit déjà maîtriser les outils et procédures indispensables à son activité. Et ceux-ci sont de plus en plus complexes. Alors, s’approprier un outil de plus… « Ça fonctionne mal » grogne-t-il. Quand Bernard s’est connecté sur le RSE pour la première fois, il n’est pas allé au-delà de la page d’accueil, n’ayant pas trouvé le lien vers son projet. La fois suivante, il a trouvé le lien, mais la page a mis du temps à se charger. Ce qui n’a pas encouragé Bernard à persévérer.

Quels facteurs clés de réussite ?

Si l’on s’inspire du modèle à succès de Velib’, des vélos en libre-service parisiens, trois conditions de réussite nous interpellent : le sens, les infrastructures et l’animation.

D’abord, il faut définir le sens et la promesse pour les usagers du service. De même que Velib’ permet de « revendiquer [son] éco-liberté », les RSE doivent porter une promesse claire. Plus qu’un outil magique ou un gadget à la mode, ils doivent répondre aux besoins professionnels et relationnels des collaborateurs et du management : animation de filières métier, coordination sur des projets transverses, identification d’experts à l’autre bout du monde, recherche de solutions accélérées, gains d’efficacité dans la production ou la recherche de solutions… Rejoindre un RSE, c’est (presque) rejoindre une cause. Si le collaborateur n’y trouve pas son intérêt, toute utilisation sera « forcée » et non pérenne.

 

Mais la seule promesse ne déclenche pas l’utilisation. Sans les 1.800 bornes Velib’ ou sans les équipes chargées de la maintenance des vélos et de leur transfert entre les bornes, le modèle Velib’ n’aurait pas pu se développer. Et encore moins s’ancrer dans les habitudes ! Il en est de même pour les RSE : leur facilité d’accès sur n’importe quel device, leur ergonomie et leur simplicité d’utilisation sont capitales. L’outil doit servir la cause en facilitant les usages. D’où l’importance des infrastructures.

Enfin, pour vivre dans la durée et rester attractif, l’animation est essentielle. Après l’euphorie du lancement, vient la période plus délicate où il est indispensable de donner envie, de fidéliser et d’animer. Dans le cas des Velib’, la Ville de Paris a enrichi son dispositif de communication : un blog, une newsletter, des comptes sur les réseaux sociaux et des applications mobiles. La communauté des Vélibeurs a été créée sur des principes de gaming : sentiment d’appartenance, compétition bon enfant et gains se sont développés, pour attirer toujours plus de monde et fidéliser dans la durée.

Promesse, infrastructures et animation : trois clés de succès que l’on retrouve dans les RSE qui fonctionnent et portent leurs fruits. Cela repose finalement sur une notion assez simple : Bernard utilisera le RSE de son entreprise si celui-ci répond à ses aspirations, ses besoins et ses exigences. Et il le fera encore plus si son écosystème l’y encourage et contribue avec lui à la réussite du RSE.

Source : LesEchos


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