Alors que le débat sur “données de santé” et “big data” prend de l’ampleur en France avec la discussion sur l’article 47 du projet de loi de santé, les industriels s’emparent du sujet et constituent un écosystème hors de tout contexte législatif national, qui s’appuie directement sur les consommateurs. C’est le cas par exemple d’Apple, qui a introduit Health Kit, application dédiée au suivi des données médicales de l’utilisateur, avec iOS 8. Objectif ? Réaliser la plateforme à laquelle vous allez confier vos données de santé : la plateforme qui va pouvoir analyser vos informations à grand renfort d’algorithmes d’autant plus efficaces qu’ils auront accès aux informations les plus complémentaires possibles concernant un grand nombre de personnes.

Les données, l’or numérique

En France nous avions déjà des plateformes logicielles de ce type associées à une gamme de produits comme Withings, ou indépendantes de tout constructeur et proposant d’héberger les données sur des serveurs agréés “hébergeurs de données de santé” comme Umanlife. La nouveauté avec Apple Research Kit est le passage à une médecine personnalisée, dont la nécessité était récemment soulignée par Jo Handelsman, en charge des politiques concernant la science et la technologie à la Maison Blanche : «Il est temps d’en finir avec la doctrine médicale du ‘one-size-fits-all’ pour développer la médecine personnalisé.»

Pour alimenter cette médecine personnalisée nous avons avant tout besoin des données du plus grand nombre d’utilisateurs possible et pas uniquement de patients. D’où l’intérêt de l’écosystème mis en place par Apple, qui permettra aux millions d’utilisateurs de participer à des études médicales visant à aider les chercheurs. Simplement en s’équipant de capteurs. Mais qu’on ne s’y trompe pas : la valeur de ces capteurs réside dans l’exploitation qui est faite, in fine, des données récoltées.

Le matériel est un moyen, pas une fin

La valeur pour Under Armour ne réside pas dans le matériel», témoigne ainsi Kevin Plank fondateur et CEO de Under Armour. «Il y avait suffisamment de personnes faisant déjà cela. […] Ce n’était pas le rôle dans lequel nous souhaitions nous positionner.» L’opportunité pour Under Armour était de fédérer les communautés numériques de bien-être (fitness, well being). Cette déclaration illustre la dichotomie qui s’est rapidement opérée dans la communauté des compagnies orientées santé numérique : produire du matériel incluant le plus de capteurs possibles ou des capteurs très spécialisés, ou bien fournir des services au travers d’une ou plusieurs applications. La structuration de cet écosystème tend peu à peu à transformer tous les terminaux mobiles (matériels dédiés ou smartphones, voire téléphones ‘low cost’) en kit de tracking. Cette homogénéisation de la couche capteurs stimule le développement de la partie analyse et rendu des données.

La communauté, clef de voûte de l’écosystème

Au cœur de l’alimentation en données des différents algorithmes et principaux destinataires des analyses : les communautés d’utilisateurs. Under Armour a acquis MapMyFitness en 2013 et MyFitnessPal et Endomondo en 2014. Kevin Plank, fondateur et CEO, explique que faire converger ces trois communautés a permis à Under Armour de constituer la plus grosse communauté mondiale de capteurs numériques de fitness. Cela représente 136 000 connexions uniques par jour en janvier 2015 et 40 millions de nouveaux abonnés en 2014.Un Américain sur 5 a au moins une des quatre applications installée sur son smartphone. 85 millions de ces utilisateurs ont moins de 40 ans, 65 millions (62%) sont des femmes et 43% vivent en Amérique du Nord. «Pensez a HealthKit et Google Fit comme à des tuyaux. Les tuyaux qui vont nous permettre d’accéder à toutes ces données. […] Ce que nous essayons de faire est de construire une communauté en plus de cela», complète Mike Lee de MyFitnessPal.

Face à des communautés en constante expansion, de plus en plus conscientes de l’importance de leur rôle de fournisseurs de données ainsi que de la valeur de leurs données – a fortiori lorsqu’il s’agit de données de santé – les thématiques telles que l’expérience utilisateur (CxM), la cybersécurité et l’exploitation des big data font partie des défis de la médecine personnalisée. Afin de fédérer les communautés, acquérir et conserver la confiance des utilisateurs et patients, les acteurs historiques et ces jeunes pousses spécialisées auraient tout intérêt à travailler de concert pour compléter les compétences des uns avec le dynamisme innovant et la proximité client des autres.
Source : Le CXP

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.